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Rééducation pelvi-périnéale en kinésithérapie : troubles de la statique pelvienne de la femme

Titre original : Thubert T, et al. Rééducation pelvi-périnéale et troubles de la statique pelvienne de la femme. Gynécologie Obstétrique & Fertilité (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.gyobfe.2015.03.026

Auteur du résumé : Laëtitia Rachel Sellem

Formatrice à l’INFMP – www.infmp.fr


Introduction

De nombreuses femmes sont atteintes de troubles urogynécologiques, tels que l’incontinence urinaire à l’effort (IUE), par urgenturie (IUU) ou mixte (IUM), une hyperactivité vésicale ou un prolapsus. Les dernières recommandations de l’AFU (Association Française d’Urologie) et du CNGOF (collège national des gynécologues et obstétriciens français) recommandent la rééducation périnéale en première intention. Celle-ci peut être réalisée par un kinésithérapeute et aborde plusieurs sphères : cognitive (éducation, prise de conscience), comportementale (changement des habitudes de vie), renforcement musculaire et travail postural (bassin).

Cet article vise à faire le point sur ces techniques rééducatives.


Rééducation périnéale et incontinence urinaire

Ci-dessous sont présentées les dernières études et revues de littératures :

  • Deffieux et al. : les exercices de contraction volontaire des muscles pelvi-périnéaux (MPP) améliorent de manière significative leur force de contraction et les scores d’incontinence urinaire pour les femmes présentant une IUE. L’électrostimulation vaginale (selon les paramètres appliqués) provoque soit une augmentation de la force des MPP soit une diminution de l’intensité des contractions du détrusor

  • Dumoulin et al. : un programme de renforcement musculaire encadré par un formateur (kinésithérapeute par exemple) est efficace à court terme sur l’incontinence urinaire (surtout sur l’IUE)

  • Labrie et al. : la rééducation kinésithérapique pour IUE en première intention évite la chirurgie dans la moitié des cas à 1 an

  • Herderschee : l’association biofeedback et contraction des MPP a montré un taux d’amélioration et de guérison des symptômes d’IU plus important et une diminution des épisodes journaliers de fuites urinaires. Biais dans l’analyse par la disparité des programmes de rééducation en kinésithérapie

  • Cônes vaginaux : avantage de leur utilisation comparé à pas de traitement, pas de différence entre leur utilisation et la rééducation kinésithérapique, et entre leur utilisation et l’électrostimulation. Pas de différence entre une rééducation périnéale avec ou sans cônes. Niveau de preuve faible

  • Imamura et al. : l’électrostimulation seule améliore l’incontinence urinaire mais ne s’accompagne pas de plus de guérisons. La rééducation de renforcement musculaire est plus efficace mais pas significativement. Leur combinaison est plus efficace que l’absence de traitement sur l’amélioration de l’incontinence. On ne retrouve pas de différence entre la rééducation avec ou sans électrostimulation : la place de l’électrostimulation est encore à déterminer

  • Thérapies comportementales : plus efficaces que l’absence d’intervention pour le syndrome d’hyperactivité vésicale et l’IUM (données limitées). Les experts de la cinquième conférence de l’ICI recommandent en traitement de première intention, pour les IUU ou IUM, une rééducation pelvi-périnéale de renforcement musculaire ou une thérapie comportementale. Pour les IUE on privilégie le renforcement musculaire en première intention

  • Wallace et al. : la thérapie comportementale est une alternative thérapeutique en cas d’IUU en particulier chez les personnes âgées ne pouvant pas recevoir d’anticholinergiques

  • Smith et al. : perte de l’activation posturale anticipée automatique des MPP chez les patientes souffrant d’IUE --> Recommandations d’associer au renforcement musculaire des MPP une correction de la posture, un travail de l’équilibre et un suivi psychologique et cognitif. Encore peu de preuves (panel de patientes limité, précision des indications)


Rééducation périnéale et incontinence urinaire du post-partum

La prévalence de l’incontinence urinaire est de 7 à 64% pendant la grossesse et de 3 à 38% à 3 mois du post-partum.

Plusieurs études ont montré :

  • Dumoulin et al. : utilité de la rééducation kinésithérapique pelvi-périnéale dans le traitement de l’IUE en post partum ; facteur prédictif de réussite = faible tonus des MPP avant rééducation

  • Amélioration significative des symptômes après rééducation d’IU : à court terme mais pas à long terme

  • Rééducation kinésithérapique indiquée en cas de symptômes urinaires significatifs en période pré et postnatale, pas d’indication en prévention de l’incontinence urinaire


Rééducation périnéale et prolapsus

  • Etudes observationnelles : une mauvaise fonction des MPP est associée à un risque plus important de prolapsus.

  • Méta-analyse de la Cochrane (2011) : la rééducation par renforcement des MPP est efficace dans la réduction des symptômes périnéaux associés au prolapsus (pas de preuve de haute qualité). L’effet de correction anatomique est incertain


Conclusion

La rééducation périnéale encadrée par un kinésithérapeute est efficace à court terme concernant la réduction des symptômes d’IU ou de prolapsus génital. On la pratique en cas de plainte clinique, mais elle n’est pas efficace en prévention sur un sujet asymptomatique. Elle est recommandée en première intention en cas d’IUE.

De nouvelles pistes telles que la rééducation posturale ou l’approche comportementale sont encore à préciser.

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