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Prise en charge de la maladie de Parkinson en masso-kinésithérapie : exemple d'une pratique clinique

Titre original : comment je prends en charge un patient parkinsonien en kinésithérapie, N. Christoffers, Pratique Neurologique – FMC 2014;5:199–204


Auteur : Laëtitia Rachel Sellem

Formatrice INFMP: www.infmp.fr


Introduction

La maladie de Parkinson est provoquée par la dégénérescence des cellules dopaminergiques de la substantia negra. Elle est caractérisée par les signes cliniques suivants :

  • Akinésie : diminution de la vitesse et de l'amplitude des mouvements, perte de la motricité automatique

  • Tremblements de repos

  • Hypertonie plastique

  • Instabilité posturale : avec le temps

Le traitement par la L-dopa permet une amélioration de l'akinésie mais non de la progression de l'handicap fonctionnel. La kinésithérapie est employée afin de retarder/prévenir l'aggravation fonctionnelle et développer des stratégies de compensation. De plus l'activité physique a un rôle neuro-protecteur. Dans cet article, on va s'intéresser à la pratique de la rééducation et à ses modalités.


Les données de la littérature

Plusieurs stratégies ont été identifiées :

  • Stimulis externes ou générés par le patient : rythmiques ou "on/off"

  • Cognitives : décomposer le mouvement complexe

  • Travail de l'équilibre + renforcement musculaire des membres inférieurs

  • Exercices "dirigés vers un but" : récupérer des fonctions perdues

  • Répétition

  • Entretien des capacités physiques


Bilan

On évalue :

  • La marche : le pas, marche arrière, demi-tour, dissociations des ceintures et du ballant des bras. Timed up and go test

  • L'équilibre

  • La stabilité posturale (UPDRS III, item 29)

  • Les chutes : circonstances

  • Les capacités cognitives


Déroulement d'une séance

Elle dure 30 minutes (idéalement 45). Elle se compose de 2 phases :

  1. Initiale (5-10 min) : "passive" --> étirements des 4 membres et du tronc (++ si rigidité) + stimulation/renforcement musculaire des érecteurs du rachis et fessiers, exercices de neuro-facilitation proprioceptive (kabat)

  2. Seconde phase (20-25 min): exercice ciblé + mise en situation fonctionnelle

Il est primordial de respecter ces points pendant la séance : un thème par séance, une voix forte du thérapeute (dynamique et brève), un rythme stéréotypé + répétitions nombreuses et le renforcement de la motricité volontaire.



Rééducation motrice : 4 exemples

  • L'instabilité posturale : traduit la détérioration des réactions posturales et la perte de coordination entre posture et mouvement. Influence les autres symptôme et est un risque de chute. Forme caractéristique = rétropulsion. Exemple de patient tombant en arrière en montant l'escalier Phase initiale (15min) : 6-7min de posture en DV (active chaine antérieure + ouverture du thorax) + étirements passifs combinés/"contracté-relâché" des ilio-psoas, droits fémoraux et triceps suraux Seconde phase (30min) : rééducation positionnelle du centre de gravité vers l'avant (travail de stabilité postural dans le plan sagittal)

  • Le freezing Phase initiale : apprentissage d'une astuce de déblocage (faire un grand pas en avant ou en arrière, enjamber un obstacle, taper dans les mains, compter, siffler Seconde phase : intégrer l'astuce dans la situation fonctionnelle problématique (exercice ciblé puis mise en situation fonctionnelle et stimulation du schéma moteur de la marche)

  • Le demi-tour décomposé Phase initiale : étirements (adducteur, rotateurs de hanche et carré des lombes) + renforcement des abducteurs de hanche Seconde phase : mise en charge latérale (au début assis sans contact avec le sol et sans dossier, puis pas latéral), parcours de marche avec obstacles (pas latéraux et demi-tours++)

  • Les troubles de la posture Phase initiale : postures en DV (ouverture plan ant), mobilisations des articulations de la colonne vertébrale, étirements des psoas, quadriceps, ischio-jambiers, fessiers, triceps suraux Seconde phase : correction posturale active


Autres champs problématiques

  • Retournement dans le lit et passage de la position couchée à assise : on débute la séance par des étirements (tronc : les flancs), puis on décompose le geste en deux séquences motrices minimum. Travailler la rotation du tronc puis du bassin dans différentes positions

  • Marche à petits pas : concept "Big" --> mouvements des membres inférieurs à très grandes amplitudes + ordres à voix haute et forte augmente la longueur des pas et donc l'équilibre


Autres techniques

  • Musicothérapie (chant, exercices vocaux + mouvements) : améliore la bradykinésie et améliore la marche (vitesse, longueur et régularité des pas) à court terme

  • Danse : le tango améliore la bradykinésie, augmente la cadence et longueur du pas, diminue le freezing et améliore l'équilibre

  • Kinébalnéothérapie : améliore l'équilibre mais pas d'effet sur la marche

  • Taï-chi : travail de l'amplitude des mouvements et contrôle postural

  • Tapis de course : amélioration de la longueur du pas, augmentation de la VO2



Conclusion

Lors d'une séance de kinésithérapie, c'est la fusion de plusieurs méthodes interactives, adaptées au patient, prenant en compte ses capacités cognitives et le stade évolutif de sa maladie, qui permet au patient parkinsonien de s'adapter à son handicap fonctionnel au quotidien.





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