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Effet de l'Activité Physique sur l'Etat de Stress Post-Traumatique

Titre original : Lauren M. Oppizzi & Reba Umberger (2018): The Effect of Physical Activity on PTSD, Issues in Mental Health Nursing, DOI: 10.1080/01612840.2017.1391903


Auteur : Laëtitia Rachel Sellem, Masseur-kinésithérapeute

Formatrice INFMP: www.infmp.fr



L'Etat de Stress Post-Traumatique (ESPT ou PTSD) est une condition psychologique invalidante apparaissant après l'exposition à un ou une série d'évènements traumatiques (combat militaire, terrorisme, abus, viol, négligence durant l'enfance, catastrophe naturelle, témoin d'une blessure ou mort). Il peut conduire à des difficultés sociales, professionnelles et une altération de la forme physique. Il y a quatre symptômes principaux selon le DSM-5 :

  1. Les pensées négatives : honte, culpabilité, peur, manque de confiance et manque d'intérêt pour les activités et relations qu'ils appréciaient dans le passé

  2. L'évitement : effort délibéré pour éviter les situations qui provoquent des souvenirs de l'évènement traumatique, incluant une désensibilisation émotionnelle. Cela peut conduire à un isolement

  3. L'hyperréactivité : intensification constante des émotions. Peut conduire à de l'anxiété, des insomnies, des problèmes de concentration

  4. La réviviscence : le patient revit l'évènement traumatisant à travers un élément lui rappelant l'évènement. Ses émotions peuvent être très intenses

Le traitement usuel consiste en de la psychothérapie et un traitement médicamenteux, mais il n'est pas toujours accessible pour les patients. Cet article réalise une étude critique de la littérature concernant l'effet de l'activité physique (AP) sur les symptômes de l'ESTP. 


Exercices de type aérobie  Quel que soit le type d'exercice (marche incluse), il a été prouvé par diverses études que les exercices en aérobie diminuent les symptômes éprouvés par les patients, et notamment l'hyperréactivité.


Le yoga

Plusieurs études ont été réalisées, mais elles sont inconsistantes. Elles montrent toutes une amélioration des symptômes selon l'avis des patients ou à l'examen clinique. Le yoga pourrait donc avoir un effet positif pour les patients atteints de PTSD, mais d'autres études doivent être réalisées. 


La durée de l'activité

Deux études conduites sur des temps courts (2 semaines, 5 semaines) ont montré une amélioration des symptômes sur le temps des séances mais pas à un mois de distance. Une dernière étude a établi un programme de 20 semaines d'AP, et a montré que la diminution des symptômes durait 2 mois. Les modalités de la durée de l'AP n'ont pas encore été identifiées de manière claire. 


Autres bénéfices de l'AP

Il a été montré que l'AP augmenterait les capacités cardiovasculaires et par conséquent apporterait une amélioration de la santé physique globale. L'AP a également un effet positif sur la qualité du sommeil et l'hyperréactivité. L'amélioration de la qualité du sommeil pourrait être due à la diminution de l'hyperréactivité causée elle même par l'AP. Ou bien l'AP améliorerait la qualité du sommeil ce qui diminuerait  l'hyperréactivité. 


Théories sur la méthode d'action

Il existe plusieurs hypothèses concernant le mode d'action de l'AP sur les symptômes rencontrés dans un PTSD :

  1. Exposition intéroceptive : les patients atteints de PTSD ont en général une faible AP, ce qui implique qu'ils ont une moindre exposition à des sensations corporelles "pénibles" qui accompagnent l'AP. Ils y seront plus sensibles et auront plus de difficultés à les tolérer. L'AP va les désensibiliser et ainsi diminuer l'anxiété et l'hyperréactivité

  2. Régulation émotionnelle : deux études ont été réalisées selon la théorie que le yoga, en particulier par son aspect de pleine conscience, permettrait d'améliorer l'évitement dans le PTSD. En se concentrant sur sa respiration et ses sensations corporelles, le patient apprendrait à réguler ses émotions au lieu de dissocier. 

  3. Effets physiologiques : l'AP pourrait permettre de réguler la réponse naturelle du corps au stress (taux de cortisol et catecholamine sur court et long terme). Une étude a montré une augmentation du taux de BDNF (brain derived neurotropic factor, diminué chez les personnes souffrant d'anxiété) plasmatique chez les patients bénéficiant d'AP. 


Discussion / conclusion L'ensemble des études réalisées ont montré une amélioration des symptômes chez les patients ayant bénéficié d'AP. Les modalités (dose, type d'exercice) n'ont pas encore été identifiées mais la littérature suggère que l'AP devrait être maintenue de manière régulière afin d'en conserver les bénéfices. De nouvelles études seraient bénéfiques afin de définir les modalités de l'AP, quels sont ses réels effets physiologiques et quel serait son lien avec la qualité du sommeil. 


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